dimanche 24 septembre 2017

Dimanche à la maison

C'est le sexe conventionnel,
Celui du petit matin,
Celui qui vous réveil
Dans le creux de vos reins.

C'est le sexe conventionnel
Celui que l'on susurre
Au cœur de l'oreille,
Celui que l'on murmure
Comme une pincée de miel.

C'est le sexe conventionnel
Celui que l'on récite
En humbles parents,
Celui qui vous excite
Comme un petit sarment.

Et la porte grande ouverte
Sur les yeux du doudou,
La petite dernière
En agent debout,
Scrute mon derrière
En gloussant, alerte. 

Je m'entends lui dire
En humble prière :

Retourne dans ta chambre
Et attends l'heure dernière
Pour que ta maman
Puisse enfin te faire
Un petit enfant,
Ton futur grand frère.

C'est le sexe conventionnel
Celui du dimanche,
Celui que l'on espère
Dans la lumière blanche,
Celui que l'on retient
Dans la paume de sa main.


Capitaine Apache.




vendredi 15 septembre 2017

JO 2024


Sur le tapis de gravats rouge,
Le petit coq se pavane content.
Il faut dire qu'il y a tous ses parents,
Des foutus sacs remplis d'argent,
De l'or et des diamants.
Il y a Gattaz, le père et ses agents.
Il y a Teddy Riner et son talent.
Il y a Bouygues, le fils et son ciment.
Tous applaudissent Jupiter,
Le vainqueur des transferts,
L'Apollon du pognon,
L'Hercule du sous pull,
Le Sphinx du larynx,
L'immature président
Et son langage méprisant.
Tous applaudissent les anneaux,
La belle couleur des cerceaux.
Tous rêvent de pouvoirs
Tu sais, celui du miroir
Pendant qu'dans la cuisine,
Sombre comme une latrine,
Trime la petite Laurine,
Sans papiers, clandestine.
Jupiter en est fière,
Arpagon des souillons,
Il vole sur l'univers
Comme un gravillon
Qui braque l'atmosphère.
JO 2024
A quat'papattes.
Les médias son saoûls
Quelle bonne nouvelle !
Ça change des poux,
Des criminels.
Jupiter est content.
Ils sont tous présents,
Il n'y a que Nemo
Qui n'a pas dit un mot.
Sur le tapis de gravats veufs,
Le petit coq se pavane
En roi de la basse cour
En trublion des cours
En fumeur de Havane
En marchepied du neuf.

JO 2024
A quat'papattes...

Pourtant,
Une question s'impose :

Qui Paye ?

Capitaine Apache. 


Les anneaux de Banksy. 




jeudi 14 septembre 2017

Putain de vie.

Puisque le monde est vulgaire. Puisque la somme des bêtes écrase notre putain d'intelligence. Puisque la vie ne vaut que l'once que l'on veut bien lui accorder, je laisse à votre sagacité ces quelques putains de lignes sur une putain de chose que les Bigs Brothers et autres biens pensants de l'humanité surnomment :
Le mal de vivre.


Putain ma vie
Dis moi, 
Qu'a-t-on fait
Tous les deux 
Pour se retrouver 
Comme ça 
Au bar des pourris ?
À boire dans le vide, 
À parler tout seul, 
À vouloir ressembler 
À toutes ces grandes gueules
Qu'on ne sera jamais.
Qu'a-t-on fait ma vie 
Pour en arriver là ? 
Seul.
Seul dans ce putain de lit
À regarder des films,
À siroter des séries
Tout en caressant le chat.
Et puis on s'traîne,
On se gave de Nutella,
On nettoie sa peine
En mâchant du chocolat.
Et
Ma gueule
Dans l'miroir.
Ma gueule
Qu'en a pris plein la poire,
Que je ne la reconnaît plus.
Elle ressemble aux cercueils,
Aux perles usées
Des couronnes mortuaires,
Aux angelots noircis par le temps,
Aux morceaux de miroirs
Sous des éclats de pu.
Elle a juste la gueule du pénitent
Qui va bientôt boire son dû.
Putain ma vie,
Dis moi,
Qu'est ce qu'on a pris
Toi et moi.
Qu'est ce qu'on a pris
Dans la gueule,
Dans le sourire et les yeux.
Les yeux Putain !
Ça leur fait comme des ornières,
Quand le bitume est défoncé
On y fourre des gravières,
Du sable, du sang et des crachats.
Ça t'fait une gueule de sorcière,
Une gueule de vieille
Qui n'a pour seul combat
Qu'un peu de vermeil
Et un ajout de mascara.
A force de morfler
Ma gueule dans l'béton,
J'ai l'sourire figé
Des mornes horizons.
Pourtant,
J'en ai fait des compromis,
Des trucs d'illusions.
J'en ai parcouru des routes
Dans toutes les directions.
J'ai ramené du pognon,
Des coups et des bleus.
J'ai fait allégeance
Avec de pauvres gueux.
Putain ma vie,
Comment t'as pu me faire ça ?
Putain, j'ai rien vu,
Je suis passé comme ça.
J'ai juste le sentiment
De n'avoir rien vécu.
J'n'ai fait que tuer l'vent,
J'ai juste entrevu
Les portes du bonheur
Ouvertes sur le temps
Rien qu'un seul instant.

Putain c'est le trou noir...

On est là,
Toi et moi
Paumés
Dans ce canapé
D'occasion
Qui m'irrite le fion.
On grince
Tous les deux
De ne plus savoir pourquoi,
Pour qui,
Que faire ?
T'en as trop pris
Dans la gueule,
Ma petite vie
Solidaire...
Et puis
Y'en a marre de toujours
Avaler les mêmes discours,
D'attendre la fin du jour
Où tout sera fini.
On aura à peine commencé
Qu'il faudra replier
Cannes et Gaules
Sur de plus vieilles
Sur de plus vieux théseux.
Mais dans toute cette comédie,
Viendra l'tour du bon dieu
Qui nous fera signe,
Au fond,
Dans sa boîte de nuit.

Alors ...

Putain ma vie,
Putain de vie.


Capitaine Apache.






vendredi 1 septembre 2017

Émilie

Dans la vie d'Émilie
Il y a des hommes
Des femmes d'opéra
Des pendules qui klaxonne
Des refrains d'Aïda
Des manteaux surpris
Sur le quai de l'ennui
Des histoires d'héroïne
Dans une pièce voisine.
Il y a des voyageurs
Des rustres, des paysages
Des sorties de naufrage
Dans des sacs de couleurs.
Il y a des auteurs
De sombres victimes
Des flics de coeur
Dans l'ombre assassine.
Dans la vie d'Émilie
Des montagnes de livres
Qu'on dirai du cachemire
Dans l'ocre des pages
Quand tous les rivages
Sombrent en point de mire.
Et cette soif de mer
Au contact de l'eau
La transporte en hiver
Dans son sac à dos
Elle rejoint Hendaye
Le palais d'Abbadia
Sur la côte vitrail
Du quartier d'Aguerria.

Capitaine Apache.







dimanche 20 août 2017

PVS n°1

Nous, agents verbalisateurs, ayant prêté serment en justice et porteur de nos commissions d'emploi, certifions que le présent contrôle est effectué en Français, langue comprise, parlée et acceptée par l'auditeur. 
Nous certifions également que ce jour, le dix huit juin mille neuf cent quarante, à vingt heures et quinze minutes, heure légale ainsi que toutes celles qui suivent dans le présent acte, Nous, De Gaulle et Londres, nous trouvant dans l'exercice de nos fonctions, en tenue d'uniforme et civile, porteurs de nos attributs guerriers, étoiles aux manches, sacs de sable, vitres scotchées, volets fermés et lumières tamisées, en contrôle sur les ondes radiophoniques de la liberté, voyons venir vers nous par le biais du poste à galène, de nombreux passagers.

Aux questions : "Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ?"
les intéressés ont tous répondu : "Non !"

Nous, De Gaulle et Londres, demandons aux intéressés de nous suivre au siège de la France Libre, ce qu'ils acceptent de faire, libre et sans contraintes. Nous procédons à la visite de leurs bagages cabine et de soute en leur présence constante et effective.

La fouille permet la découverte de plusieurs pièces d'identités françaises aux noms de Jean Moulin, Lazare Pytkowicz, Henri Rol-Tanguy, Berty Albrecht, Romain Gary, Henry Fertet, René Cassin et consorts dont les identités complètent sont reprises au présent folio de l'acte un ainsi que plusieurs billets de bateau aux mêmes noms reprenant un aller simple, France / Grande Bretagne. Nous découvrons également plusieurs idées et axes de réflexions dont nous dressons ici inventaire :

"La France a perdu une bataille mais pas la guerre.";"La liberté ou la mort"; "Résister quoiqu'il en coûte."; "Vivre Libre et sans entraves" ; " A bas la dictature !"; "Mort aux Boches" ; "Jusqu'à la Victoire" ; "RESISTANCE".

Compte-tenu des différentes déclarations des intéressés, nous suspectons une importation sans déclaration d'héroïsme soumise à justificatif communautaire. Nous les invitons à se soumettre à un test de dépistage Patriotique sur leurs urines, ce qu'ils acceptent de faire libre et sans contraintes. Messieurs Jean Moulin, Lazare Pytkowicz, Henri Rol-Tanguy, Berty Albrecht, Romain Gary, Henry Fertet, René Cassin et consorts, donnent leur consentement par écrit sur le registre prévu à cet effet.
Nous, De Gaulle et Londres procédons au test urinaire dans un lieu garantissant toutes les conditions de discrétion, d'hygiène et de sécurité. Les tests IDENTICAPATRIOT sont tous positifs.

Nous, De Gaulle et Londres déclarons aux intéressés la saisie de leur personne ainsi que des biens les accompagnant. Nous déclarons également à monsieur Jean Moulin son renvoi en France pour représenter la France Libre et coordonner les actes de résistance au sein du Conseil National de la Résistance qu'il est en charge de créer.

A cette effet, il devra prendre attache auprès de tous les réseaux de résistance et en particulier ceux des Francs Tireurs et Partisans, de Combat, de Libération Nord et Libération Sud.
En outre, Monsieur Jean Moulin reçoit pour mission d'organiser l'Armée Secrète avec le Général Delestraint qui en sera le chef.
Nous, De Gaulle et Londres faisons de Monsieur Jean Moulin notre ministre, membre du Comité National Français, et seul représentant de ce comité pour l'ensemble du territoire métropolitain.
Fin de l'exposé des faits.

NB : Jean Moulin est arrêté le 21 juin 1943 dans la maison louée par le docteur Dugoujon à Caluire et cuire dans le département du Rhône. Torturé par Klaus Barbie, chef de la Gestapo, il est ensuite transféré à Paris. Officiellement, Jean Moulin meurt dans le train Paris-Berlin en gare de Metz des suites de ses blessures, le 8 juillet 1943. Mais l'acte de décès sera rédigé six mois plus tard et le certificat de décès sera établi en date du 25 juillet 1943.


Le Général Delestraint, chef de l'Armée Secrète est arrêté le 9 juin 1943 à Paris dans la station de métro La Muette. Il est fusillé par les Nazis le 19 avril 1945 au camp de Dachau.


Pour la petite histoire, mon grand-père, Roger Monty, était détenu dans le même cachot (le Bloc 29) que le Général Delestraint, prison du camp de concentration de Dachau. Tous deux attendaient une mort certaine avec d'autres détenus NN.
Le 18 avril 1945 l'ordre de fusillade arrive au camp et est intercepté par la résistance intérieure. Grand-Père qui était l'un des responsables pour les Français, prévient immédiatement le Général Delestraint. S'ensuit une longue discussion qui se soldera par le refus catégorique du Général de prendre le numéro matricule d'un mort.
Il dira à grand-père :

"Je vais leur montrer comment sait mourir un Général Français."

Le camp de Dachau est libéré par les GI'S le 29 avril 1945. Mon grand père retrouva la liberté et rencontra ma grand mère quelques années plus tard. La vie avait eu le dernier mot.


Capitaine apache.



Général Delestraint. 








samedi 12 août 2017

A la vie, A l'Amor.

La vie ne se rêve pas, elle se vit
La vie ne s'échange pas, elle s'écrit
La vie sans toi, c'est le moi sans lui

C'est l'ennui sans le cri
C'est le doute sur la route
C'est le rêve qui s'évapore
Sur le capot livide de la mort

La vie ne se rêve pas, elle se vit
La vie ne s'échange pas, elle s'écrit
La vie sans toi, c'est le moi sans lui

C'est le fruit sans le jus
C'est la fleur toute cru
Aux pétales flétries
Sur les bords du sursis

La vie ne se rêve pas, elle se vit
La vie ne s'échange pas, elle s'écrit
La vie sans toi, c'est le moi sans lui

Jusqu'au jour où le soleil
Trouve le chemin de ta joue
Caresse  l'interstice de tes cils
Inonde le cristallin du sommeil

Comme une onde de choc
Tu comprends que ce jeu
Trouvé comme un bloc
C'est juste la vie à deux

C'est la vie en deux
Celle qui vibre quand je te regarde
Celle qui s'inquiète quand on te retarde
Celle qui acouphène dans le bruit de tes yeux

La vie ne se rêve pas, elle se vit
La vie ne s'échange pas, elle s'écrit
La vie avec toi, c'est le moi après elle.

C'est la vie
C'est en elle.


Capitaine Apache. 





vendredi 4 août 2017

L'Ardèche sur les bords.

Les vacances s'égrènent paisiblement entre informations sordides, imbéciles et cupides, entre réductions de toutes sortes dans des hémicycles de potes, pays qui se déchirent, migrants qui se noient, yachts qui s'amarrent aux pontons des esclaves, boules de glace qui coulent sur mes doigts, randonneurs perdus le nez sur la carte, serviettes sablées, pâtés de châteaux dans la pelle sous le seau, scooters qui sursautent, passagers qui s'énervent, touristes qui selfies, sourires croisés sur le ruban des autoroutes avec le soleil qui rôti le cuir des amants permanents. Les vacances s'égrènent paisiblement et j'en profite pour laisser ma plume caresser la souris de mon clavier... 

Papillons multicolores 
Dans la fraîcheur du sous bois 
Où les ailes rouges et or
Éclaboussent de rires mes pas.
Il y a tant d'efforts
Dans cette gymnastique  
Soubresauts telluriques 
Dans cette eau cristalline
Ils s'agitent en lignes
Rapide sous des cathédrales
De galets opales.

Dans les mains des mousses,
Il y coule de l'or. 

Songes perdus dans le remord
Sur le rebord de cette toile.
Nuées de papillons biplace 
Où le premier pagaie fort
Pendant que l'autre se prélasse. 
Les branches dans le lit,
Sous la place des canots, 
Caressent les flancs de l'albatros 
Qui surveille les Chevesnes grasses.
Dans le col, sous la surface,
L'oasis de fraîcheur
S'emmêle les ruisseaux.

Il est un état de grâce
Qui délasse la peau
Du promeneur qui s'efface,
Ô souffle du réconfort. 

Papillons multicolores
Dans le balancier de mes pas
Papillons multicolores 
Sur la rivière en contrebas.

Je marche sur les rives ancestrales
De l'Ardèche murale.
Des milliers d'années avant
Les grattes ciels urgents.
Avant les bombes sidérales
Peintes au chalumeau.
Avant que les étoiles
N'attrapent les réseaux.
Avant que l'espèce humaine
Ne transforme les grottes
En vaste foire.
Avant que les histoires
N'ergotent
Dans des bouches hautaines.

Je marche sur les rives ancestrales
De l'Ardèche murale
Et je pense aux papillons
Qui reviendront
Demain,
Dans le compost 
Des vacances
Puisque c'est leurs destin.


Capitaine Apache. 



En route pour le Pont d'Arc.


dimanche 2 juillet 2017

La fiancée de 20 ans.

"Cette jeune fille rencontrée il y a 20 ans. Perdue de vue. Assise sur la route les jambes croisées, le chapeau de paille piquant l'ovale de son visage, les mains lisses et oblongues, jetées nonchalamment sur le reposoir de ses genoux, la mèche rebelle et frileuse gigotant sur son front comme un fanion de fantaisie, le grain de beauté perché haut sur le bord de la lèvre, prêt à plonger dans le dessin des baisés avec des milliers de paillettes grises recouvrant ses épaules rondes sous son débardeur en dentelle qui laissait entrevoir un peu de sa poitrine.

De cette jeune fille rencontrée il y a 20 ans, perdue de vue sur le bas côté de la Nationale 7 après une longue virée entre potes, j'ai souvent pensé à elle. Un peu trop longtemps. Un peu trop près. Un peu trop loin. Le cliquetis mécanique de la machine m'ayant commandé de ne pas s'attarder alors que la route m'avait digéré comme une ombre dans la nuit.

Elle était restée un moment devant le tableau froid de la rue déserte, Seule.

Une épaisse fumée noire emplissait les vitrines et les passants commençaient à regarder. Elle avait brûlé trois allumettes avant de faire partir le feu. Les livres du libraire qui gisait derrière l'étole de son bureau, commençaient à s'enflammer. Une large flamme noire et des jets recourbés de sang bouillant s'en échappaient déjà. Un peu plus loin, une seconde librairie flambait. Craquant, ronflant, roulant sur les pavés de gré, le feu ruina une troisième librairie.

Calme et déterminée, elle pleurait tout en se hâtant vers la voiture garée dans une rue adjacente. Elle se rappelait les yeux du biker, son casque rouge qui lui avait fait signe, ses larges épaules qui encadraient de la tête pendant qu'elle regardait battre son cœur sous la chemise à carreaux blancs.

Le guide du routard venait de perdre trois de ses dépôts temporaires. Par chance, l'administration civile et judiciaire menait une politique d’Analphabétisation à grande échelle. La caractéristique inflammable des ouvrages, le poids, la taille et la place qu'ils occupaient, avait eu raison de la conscience universelle. Les livres bien rangés dans des cartons avaient été scannés pour garder une trace, puis, par principe de précaution, on les avaient enterrés, jetés, emmurés ou noyés dans quelques fosses océaniques lointaines. Par cette action héroïque,Victor Hugo, Pablo Néruda et Boris Vian rejoignirent le mythe de l’Atlantide et ses fantômes.

Le temps s'était écoulé simplement. Bercé par quelques slogans de grandes enseignes incandescentes, par les soubresauts chaotiques du CAC40 et sous le hoquet des mitrailleuses oléagineuses. Tanise avait gardé un livre de Walter Bonatti. Elle n'avait pu se résoudre à l'abandonner comme la première fois où elle aima, comme la première dent de son premier sourire. Elle en connaissait tous les passages, en particulier celui dans lequel ils avaient échangé leurs ailes de soie au moment de partir.

Finalement, de cette jeune fille rencontrée il y a 20 ans au bord du chemin. De ce souvenir inaccessible retrouvé hier soir. De cette voix parfumée qui a glissé sa main dans ma main, posée son cou sur mon sein, finalement de cette jeune fille rencontrée il y a 20 ans, je viens de l'épouser à l'instant ..."

Capitaine Apache.


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samedi 3 juin 2017

Perquizzz

BZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIII
Z Petite luciole rouge
Z Au dessus de la terre
Z Petite luciole rouge
Qui surveille l’atmosphère
I La ville endormie
I Bouge un peu ses orteils
Le long des murs lissent
Quelques chats s'évanouissent
Des passants tout rayés
Se tiennent aux smartphones
Des ombres déchirées
Somnambules dégâts-phone
Des fenêtres qui bougent
Au son clair des portières
Des colonnes qui surgissent
Des wagons de lumière
Six heures du matin
I Plus un souffle dans l'artère
BZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIII

Six heures du matin,
C'est l'instant de prière :

OUVREZ
POLICE !

BZZZIIIIIIIIIIIIIIIIIII 

Capitaine Apache.



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Banksy




vendredi 19 mai 2017

Les pierres de Marielle.

J'ai habité le vallon du Diable, dans la poussière du soleil fringant de cette fin avril. Ce long couloir bordé de hautes murailles. Ce long couloir qui pisse des restes de neige sur ses flancs, qui gronde, qui charrie des blocs de granit dans le creux de ses reins. Ce long couloir interminable où la rare végétation semble avoir craché quelques touffes de verdure dans cet environnement minéral. 
  
Perché à près de 2700 mètres d'altitude dans le refuge de la Selle, je suis venu me réfugier en immigré clandestin du quotidien. De longues heures à observer la montagne sur la terrasse. Des livres, des cartes pour trouver le passage de ma délivrance. Pendant 3 jours, j'ai parcouru les frontières du vallon, à la recherche de la brèche, entre les séracs et les crevasses, entre la vie et la mort bleutée des résurgences froides.  

Pendant 2 nuits, j'ai entendu le bois craquer, les volets de fer mal ajustés battrent les flancs de la cabane au rythme du vent, sur cette terre d'altitude. Dans mon duvet de plumes d'oie, j'ai attendu le petit jour pour commencer à brasser le matériel de sécurité endormi dans le sac à dos rouge de mes expéditions Alpines. J'ai rêvé à l'instant égoïste où mon pied chaussé de crocs métalliques viendra mordre le sommet convoité.

Clandestin des étoiles avec la frontale sur le nez, je marche derrière le halo blanc, sifflotant l'éternelle chanson du vieux château qui ne tient plus que par la main du troubadour. Je marche dans la solitude désertique de ce lieu abandonné. Et pour appeler à moi les quelques djinns encore présents, je prends bien soin de laisser glisser mes skis sur la neige dans le tohubohu des fixations articulées.

Et puis, les sommets prennent feu. Les citadelles s'embrasent. Les dents s'illuminent en un large sourire. Tous les horizons convergent vers un premier concert de couleurs avant de laisser la place, large et à peine réchauffée, au dieu soleil. Je profite de l'instant pour chausser mes lunettes noires comme l'aveugle qui s'apprête à sortir. Le soleil en incendiant le matin, me dissimule au regard du monde. A travers la montagne, l'oreille collée à sa peau, j'entends battre le sang de la roche circuler sous mes pieds.

Le rythme devient haché. L'altitude commence à se faire sentir. Les lucioles de la nuit transformées en fumerolles de givre, fouettent mon visage au passage du col du Replat. Armé de ma canne blanche en forme de piolet, j'empreinte la voie de la tête sud. Eole n'est pas de cet avis et redouble ses attaques. Ma hanche arthrosée demande grâce. Mes jambes sont bottées de glace. Par deux fois, je manque de basculer dans la face ouest. Je n'entends plus que les hurlements du froid et de la douleur. Dans l'écume d'une bourrasque plus violente que les autres, j'aperçois mes skis au repos près du col, à l'abri, avec mon sac à dos rouge qui clignote comme un phare. Et ma tête débat de la suite de l'aventure. Imperceptiblement, j'avance. Le débat n'est pas clos. J'avance. Le débat se durcit. J'avance la main accrochée au chacal du piolet. Je ne veux plus entendre que le silence bourdonnant du sommet. Cet imperceptible instant où la plaine peuplée du retour n'est qu'un lointain souvenir. Où l'on devient le premier Homme sur terre, sorti en sueur de la matrice Alpine.

La descente est douloureuse. Je sais depuis trop longtemps que le retour est le moment le plus dangereux. Mon père disait que la course était terminée une fois accoudé au bar en dégustant une bonne bière. Je descends. Mes skis glissent dans la pente abrupte et verglacée. A ma droite, le mille feuilles des séracs semble vouloir attendre mon passage pour s'effondrer. A ma gauche, quelques crevasses appelent mes skis pour expérimenter une nouvelle loi, celle de la "chute cathédrale". Je descends. Au moment de reprendre haleine, trois choucas tournent au dessus de ma tête attendant l'heure du déjeuner. Je descends. Peu à peu, la neige se ramollie, le soleil réchauffe l'atmosphère, la moraine s'éclaircie, le refuge s'aperçoit. Je descends.

Attablés autour de verres tintinnabulants, de quelques noix de cajou et de saucisse sèche dans les boiseries du refuge, les alpinistes se racontent la journée. Les cimes diversement hautes, le vide qui ronronne, le désert fertile d'un pas, le visible et l'invisible à chaque montée, à chaque descente et le suintement des yeux dans les voiles du paysage. À la joie de vivre en montagne tout simplement.

Le soir, au moment du coucher, ils préparent leur sac, piochent dans le recoin de la bibliothèque quelques bons mots et s'éloignent parfois avec un livre non sans être préalablement passé prendre une brique chaude dans la cuisine de Marielle.

Capitaine Apache.  




Le vallon du diable.

Le refuge de la Selle avec en arrière plan
le col, la tête nord (à gauche) et la tête sud
(à droite) du Replat.

Marielle, gardienne attentionnée du refuge de la Selle.
Merci pour les briques chaudes réchauffant nos membres meurtris.




jeudi 11 mai 2017

La Grenade.

Dure grenade entr'ouverte
Dans le creux de ma main.
Sur la bouche grande ouverte,
Des lignes de fusain.

Le soleil tout là haut,
Balade ses grimaces
Sur des visages émaciés
Aux sourires de limace.
Et ça gerbe des seaux d'eau
Sur des projets gelés.

De loin, un géant cueille
L'étoile que je lui tends.
Il a les mains brûlées,
Il lui manque une dent.
Un nain sort son épuisette
Et pêche l'étoile dans l'étang.
Il a les mains glacées,
La casquette sur la tête.
Ils se tournent le dos,
Leurs vêtements déchirés.
Ils sont là dos à dos
Jusqu'au petit matin,
Car l'un allume l'eau
Pendant que l'autre l'éteint.

Dure grenade entr'ouverte
Dans le creux de ma main.
Je me souviens de ce jour
Où est mort le chagrin.
Et cette nuit d'insomnie
Quand mon amour s'est offerte.

Dure grenade entr'ouverte
Sous les doigts de ma main.
Une minute, un soupir,
Une explosion de cire.

Capitaine Apache.






samedi 15 avril 2017

Maman.

Lorsque je fis connaissance de mes parents, ma vie changea radicalement. Cela faisait longtemps que je vivais à leurs côtés sans m'en rendre véritablement compte et bien que les photographies témoignaient avec insistance au fond des tiroirs d'une certaine proximité, je n'en avais aucun souvenir. Je crois que notre rencontre s'est fixée au hasard d'un accident de la vie urbaine car tout ce qui bouleverse la vie advient fortuitement. Le destin ressemble à ces seaux d'eau posés en équilibre sur la tranche des portes. On entre dans la vie en poussant une porte, le seau fait le reste.   

Les mouvements oscillants de l'immeuble de briques rouges que les artificiers avaient miné ressemblaient au chronographe du stoïcisme. Je me tenais derrière la grande rambarde de fer qui interdisait l'espace à quelques centaines de mètres du bâtiment. Tout autour, les gens s'agitaient et les enfants couraient un peu partout. Ma main s'était perdue dans une autre main. Parcourant l'horizon au dessus de ma tête, une voix me demandait de bien faire attention à l'explosion qui ne saurait tarder. 

D'une seule et unique voix, des dizaines d'individus se mirent à entonner le décompte des artificiers. J'ai lu quelque part que les gens avaient pris l'habitude de décompter le temps dans les moments qui leur semblaient importants. Le pauvre immeuble qui avait certainement vu passer Georges Pompidou sous ses tuiles était important pour ces gens. Alors, ils se sont tous mis à crier : 5...4...3...2...1...

La terre a tremblé. Ma petite main s'est réfugiée au fond de la grande main qui était toujours là. Mon corps a fait un volte face pour cacher son visage dans une jupe en crêpe mauve parsemée de perles de bois colorées. L'intérieur sentait la vanille mélangée au patchouli. Deux formes se détachaient distinctement dans le creux desquels je m'étais recroquevillé. Sortie de nulle part, une autre main se posa sur ma tête. Le nez entre les jambes de mon refuge, je n'osais plus bouger.

Peu à peu, la poussière s'est dispersée. La fin du décompte avait scellé la destruction de l'immeuble et de tous les fantômes qui le hantaient. Vingt mille hamsters échappés de la cage quotidienne donnaient leurs petits assauts égotiques dans les gravats de l'histoire urbaine en foulant l'espace rendu libre. Je ne peux pas dire avec précision la teneur de mes sentiments à cet instant. Levant les yeux vers l'attache de la main que je tenais depuis le début, j'aperçus distinctement le haut de l'épaule.

Elle était belle. Elle était belle avec ses longs cheveux noirs. Elle était belle avec son nez en trompette, ses grands yeux noisette, sa bouche en amande et son sourire irradiant. Elle était belle. Elle m'a appelé son "petit chéri". Elle a approché un morceau de tissu gorgé de son parfum pour essuyer la poussière blanche immaculée de mes rides enfantines non sans avoir préalablement humecté de ses lèvres le coin de l'étole.

Côte à côte, j'appris avec le temps à l'appeler Maman.

Capitaine Apache. 




Maman.  


samedi 1 avril 2017

Je marche...insoumis.

L'Homme ne sait plus marcher sur la peau nue de ses pieds. Le plus souvent, il erre au volant de son automobile, sur la toile routière parsemée de zones commerciales de bidons éclairés et de fastfoods mal finis. Tout porte à la lumière des allées commerçantes, aux clapots des passants qui barattent les vitrines. L'Homme handicapé de sa marche, va dans la vitesse de ses illusions percuter l'absence de communion avec la nature. Il en oublie les raisons de son existence. Il pense que le temps se monnaye alors qu'aucun de nous ne s'en sortira vivant. L'Homme "moderne et européen" a oublié la plus insignifiante des réalités, celle des caresses de l'écorce terrestre sur laquelle il singe ses contemporains. Et lorsqu'à la faveur d'un déjeuner sur l'herbe par une belle journée ensoleillée il déchausse ses chaussures, la peau nue de ses pieds rencontre un sol inconnu... 


Je marche
Parmis
les fantômes
de demain.

Le bruit
des fourmis
dans l'escalier
brouillent
la lente
procession
des vers à soie
Sur l'esplanade.

la licorne
a sorti
Le bout
De sa pique esseulée
pendant que le scarabée
roule sa boule
de Sisyphe.

les fougères du temps
frémissent
en ordre serré
pendant
Que la bise
Fouette mon visage.

Je marche
parmis
les ombres d'aujourd'hui
Dans la poussière
du vent
Perplexe.

Je marche, 
je cherche
Du bout des doigts
De mes pieds
Cette terre solide,
Campée
sous la mémoire
Des Hommes.

Je marche
Au sourire coupable
du temps
Dans les ruisseaux
De la vie.

Et je me gorge
de soleil,
du sang chaud
de l'univers,
les deux pieds
dans la glace de fer
Aux rythmes des refrains
insoumis.


Capitaine Apache.




dimanche 12 mars 2017

Soons of Humanity


Soons of Humanity
Gravé au scalpel,
Écrasé en morceaux,
Tatoué au couteau
Sur la vitrine du resto :
Soons of Humanity.
Les machines rutilantes
Bien rangées sur le devant
Avec le passage du vent
Qui circule en coulisse,
Ils entretiennent des récits
Qui vrombissent dans la rue
Bringuebalant l’anarchie,
Le système, la police.
Ça s'agite, ça s'entend,
Ça vibre dans les sacoches
Pour écrire sur les rocades
Le grand voyage
Des cloches
De Paris à Massy
De Milwaukee à Orly
La mélodie des santiagues.
Soons of Humanity.
Les gros bras,
Les grosses mains,
Les gros visages Rieurs,
Les grands projets moqueurs,
Tout
Ici
Respire
"Soons of Humanity".
Regardez-Les comme ils sont beaux :
La pétarade des os,
Les mâchoires à liqueurs,
Les doigts gros
Comme des paquebots
Aux phalanges de couleurs,
Ça braille,
Ça rit,
Ça boustifaille
C'est plein d'amis
Et de Girlys.
Soons of Humanity.
Et puis chancelante,
La cloche sonne
La retraite des Hommes.
Il est temps de partir.
Les passagers de la rue
Au frontispice des ingénues
Rendent les avenues tonitruantes
Avec leurs voix cabossées,
Avec leurs franges Militantes
Et leur peau de Harley.
Soons of Humanity.
Les bikers
Au grand cœur,
Chevauchent de belles mécaniques,
Des V-Twin vraiment balèzes
Sur des passages de roues obèses
Qui enchâssent des chapitres,
Des chapitres éclectiques.
Tout un monde libertaire
Qui ne dit pas son nom,
Qui regarde la terre
Sur une carte du même nom.
Soons of Humanity.
Ils ont des mains gantées
De fruits rouges,
Des muscles chauds
Partout sur le dos.
Ils vont
Le visage rond,
Les yeux gâtés
Par la route
Avec le bleu des fumées
Et l'insolence de leurs doutes.
Ils vont
Sur les chemins,
Sur les sentes buissonnières,
Ils vont
Sur des chemins tordus
Qui traversent les déserts.
Soons of Humanity.
Les mains accrochées
Au guidon du fini
Ils déclenchent au tournant
Des pluies de fourmis,
Des torrents,
Des cascades,
Des cataractes de gravillons
Arrachées à la terre,
Au commencement 
De la route.
Soons of Humanity.
La machine humaine 
Chevauche les étoiles, 
Casquée de filaments
à la barbe luisante
Cette machine secouée
Par les remous de l'histoire,
De la conquête spatiale
Et des jurons de quartier.
Mais avec le temps, 
Au centre des cités, 
Dans les avenues de mémoire, 
Il y a des genoux 
Qui n'ont pas encore posé,
Posé la peau nue
De leurs pieds
Sur le sol martelé
Des espèces de tribus
Au commencement du coup 
Du sound of soons
De 
Soons of Humanity.


Capitaine Apache. 

















dimanche 26 février 2017

Anecdotes... What else ?

Blabla d'introduction.

Le monde politique, associatif, publique, social, professionnel, économique, écocitoyen pour un emballage plus vert, comique, artistique pour un monde plus supportable, tout ce joli petit monde, aime la petite phrase. Vous savez, celle qui "Tue", celle qui déstabilise, celle qui change l'histoire -du moins le croit-on-, celle qui, telle une mouche virevoltante dans la cuisine médiatique, finit sur le ruban collant de l'anecdote. La petite phrase donc, est partout et martèle ses syllabiques à qui veut bien l'entendre. Et l'on sourit. Et l'on s'esclaffe. Et on se fout de la trombine de l'autre. Qu'est ce qu'on rigole !

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" Si nous sommes maîtres des mots que nous n'avons pas prononcé, nous devenons esclaves de ceux que nous avons laissé échapper." W.CHURCHILL

 C'est ainsi que dans la torpeur d'un contrôle douanier, certains usagés se lâchent. Et comme le douanier est par nature taquin, cela donne lieu à des figures de style où l'humour côtoie le pathétique.
    • "Bonjour monsieur, contrôle des douanes. D'où venez-vous ?" dit le collègue, un peu barbu, à la peau bronzée après un congé familial à Marrakech au monsieur ventripotent qui se présente devant lui, la chaîne en or autour du cou, la grosse montre Rolex-t'as-réussi-ta-vie-et-tu-le-montres autour du poignet avec la femme Bimbo-qu'a-passé-l'âge-de-ses-vingt-ans-mais-qui-y-croit-toujours à ses côtés. "Et vous !? Vous venez d'où, Vous !?" lui répondit-il d'un ton suant la méprise.
    • "Tu vois Charles-Henri, si tu ne travailles pas bien à l'école, tu finiras comme ces messieurs dames, pauvres et mal-aimés" dit la vielle dame chic à son petit-fils en désignant de son doigt lourd de diamants, les douaniers postés au filtre des arrivées internationales de Roissy.
    • "Je vais chez mon frère qui habite avec ma femme." dit le jeune homme en tendant sa carte de séjour au collègue qui l'interpel.
    • "Bonjour monsieur le douanier, c'est pour me faire tamponner " me dit la jeune femme brune aux yeux de biche amoureuse en me tendant son bordereau de vente à l'exportation. 
    • Perché sur un banc dans le hall des arrivées internationales, le contrebandier lève les bras au ciel, en voyant les douaniers venus l'appréhender : "J'ai franchi la frontière, vous ne pouvez plus m'attraper !"
    • Au passage sous un portique de détection de métaux "Vous devez retirer tous les objets métalliques que vous avez sur vous madame" dit la collègue à la jeune femme qui s'apprête à passer. "Mon stérilet aussi ?" Lui répond-t-elle. 

Et puis entre collègues, les petites phrases ponctuent notre quotidien quelque soit le lieu.
    • Et le collègue qui parle d'un autre "Tu vois, les faux culs c'est comme les répondeurs, ça parle toujours quand on est pas là . "
    • Deux passagers se disputent "Tu ne m'arrives pas à la cheville et si un jour tu l’atteins ,  soit gentil , fais moi mes lacets . "
    • Deux bonnes "Copinesurprises" discutent en attendant leurs bagages "Dis-moi franchement, si tu n'as pas de doigts, tu portes des gants ? Bah non pourquoi ?  Alors, pourquoi tu t'obstines à porter des sou-tifs ?"

Enfin (parce qu’il faut toujours une fin), en politique, les petites phrases sont légions. C'est ainsi, au fil de l'actualité, que l'on se rend compte de notre vulgaire amateurisme en la matière.

La dernière petite phrase du candidat Manuel VALLS au sujet de l'utilisation du 49.3 pour faire adopter la loi travail et la loi Macron est tout simplement stupéfiante :

"On m'a imposé le recours au 49.3 !"

"Ben voyons !"

Selon l'ex-chef du gouvernement, c'est à cause des députés socialistes "frondeurs". Ce sont ces derniers qui l'ont obligé à l'insu de son plein gré à recourir au 49.3 à 6 reprises pendant son mandat. Monsieur Valls nous fait une "Richard Virenque" de la politique. Le plus fort, c'est qu'aujourd'hui, il ose déclarer son désir de le supprimer...

"Ben voyons !" 

Mais le candidat François FILLON, ex-chef du gouvernement de la précédente législature, (qui n'a pas usé du 49.3. En même temps, les députés de sa majorité sont toujours d'accord sur la visée politique...), Monsieur Fillon donc, a lui aussi quelques bons mots surtout envers les "feignasses de privilégier de fonctionnaires" que son gouvernement s'était décarcassé pour supprimer 150 000 postes dont 70 000 dans la police, la gendarmerie nationale et les forces armées, de 2007 à 2012. (Il annonce dans son programme présidentiel 500 000 suppression de postes...)

"Vous pensez qu'il y aurait de l'Internet en France si on avait toujours France Télécom avec des fonctionnaires ?", s'interroge François Fillon dans un article de The Huffington Post en date du 08 janvier 2017.

"Ben voyons !"

Les 53 000 agents de la fonction publique encore en poste chez Orange apprécieront. Tout comme ils ont apprécié les méthodes managériales, la suppression de 22 000 emplois en trois ans et les plans de restructuration -14 000 salariés auront changé de poste de 2006 à 2009-. "Les conséquences de la mise en œuvre de ces deux programmes furent dramatiques. Soixante personnes se sont suicidées en trois ans, dont trente-cinq pour les seules années 2008 et 2009. (...) Ces années-là, chez France Télécom, le harcèlement était érigé en méthode. Les cadres étaient formés à décourager leurs équipes, leur bonus en dépendait. Chaque nouveau départ était la promesse d’une prime majorée en fin d’année (...)" selon un article dans Le Monde du 7 juillet 2016.

Aux États-Unis, le maître du Tweet vient d'être élu. Ses conseillers en communication ont déjà fait le plein de petites phrases piochées dans le Cloud universel, le mauvais goût et les égouts.

Petits "Trumpilèges" de quelques-unes de ses petites phrases :

"Mes doigts sont beaux et longs, comme le sont, il est bien connu, différentes autres parties de mon anatomie."

Évoquant la journaliste Megyn Kelly, qui l’a interviewé lors du premier débat. Selon Mr Trump, une femme peut tenir tête à un homme seulement lorsqu’elle a ses règles.

" On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit. "

Dernière Pépite misogyne adressée à Hillary Clinton. Est-il besoin d’être une bonne épouse pour réussir dans sa vie professionnelle ?

" Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? "

Un célèbre dialoguiste, Michel Audiard, faisait dire à l'un de ses personnages dans le film "Les Tontons flingueurs" : "Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnait".


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Capitaine Apache.





 



mercredi 22 février 2017

Deuil.

Mardi 24 janvier 2017, 
Il est mort.

Mon Grand Père est mort.


Il faut que je vous dise combien je l'aimai, Combien je l'admirai mon Grand Père, cet Homme bon et juste. Résistant dès 1940, il avait participé au premier fait de résistance connu en France. Le 11 novembre 1940, il déposa avec quelques camarades des fleurs, des oeillets rouge sur la tombe du soldat inconnu au nez et à la barbe des allemands. Chef de réseau du mouvement "Défense de la France " pour la région parisienne, il est arrêté le 4 août 1943, sur dénonciation alors qu'il s'apprêtait à rejoindre Londres par le réseau espagnol. Il avait 20 ans. Torturé, condamné à mort, déporté NN (décret Keitel "Nacht und Nebel" de 1941) au camp de Natzweiler - struthof, envoyé au commando de Kochem puis à Breslau pour comparaître devant le tribunal "du peuple" où la guillotine sanglante l'attendait. Le tribunal était débordé et l'avancée inexorable de l'armée rouge sur le front de l'Est désorganisait la machine destructrice du régime nazi. Mon Grand Père fut transféré au camp de Gross-Rosen en Pologne puis à Kamenz et enfin au camp de Dachau. Le dimanche 29 avril 1945, vers 17h, un GI américain pénétra dans le bloc 29 où était enfermé Grand Père. "Un colosse au visage d'ébène et aux yeux remplis de bonté". C'est ainsi qu'il décrivait son sauveur. Le bloc 29 était séparé du reste du camp principal par une double enceinte de barbelés. C'était la prison du camp d'où les SS sortaient tous les jours des détenus pour les fusiller. Mon Grand Père était libéré. Il était devenu un survivant.   


Vous dire aussi que mon Grand Père, qui fut un résistant aux très nombreuses décorations françaises et étrangères, fut aussi le plus jeune conseillé ministériel de la IV République. Il travailla avec Marcel Paul alors ministre communiste de la production industrielle. Au sein du cabinet ministériel Grand Père a participé à la nationalisation de la Banque de France, à celle des sociétés d'assurance et à la nationalisation de l'énergie en créant EDF-GDF. Après de brillantes études dans la toute nouvelle école Supélec, il devint responsable de la région Sud Est d'EDF-GDF et fut à l'origine de la construction de nombreuses infrastructures hydroélectriques et de la venue de la "fée électricité" dans de nombreux foyers.  

Bien que "Héros de la résistance" connu et reconnu, Grand Père continua la lutte contre toutes les injustices, les guerres et la bêtise issus de l'ignorance du plus grand nombre au profit de quelques uns. Il prit partie pour la décolonisation, pour l'Algérie libre ce qui lui valut, une fois encore des menaces de mort de la part de l'OAS. Il devint président du comité international de défense des époux Rosenberg qui, malgré les protestations internationales furent exécutés sur la chaise électrique. Il dénonça le stalinisme, prit parti pour les non alignés, fut déclaré "Compagnon de la Yougoslavie" pour avoir aidé 250 partisans Yougoslaves dans les camps de concentration, dénonça la guerre du Vietnam, fut un ami personnel de Berthold Brecht et de Geneviève Anthonioz De Gaulle. Il s'engagea toute sa vie dans la cause Humaniste, pour l'émancipation universel, pour la reconnaissance des droits de l'homme, de la femme et de l'enfant, pour la connaissance et le savoir. 

"Un peuple libre est un peuple instruit" K.Marx. 

Mon Grand Père pensait sans cesse à l'école, à l'éducation de la jeunesse. Il me citait souvent son ami Jacques Decour fusillé en 1942 au Mont-Valérien qui avait écrit avant de mourir "(...) La qualité du terreau dépendra de celle des feuilles. Je veux parler de la jeunesse française, en qui je mets tout mon espoir."
Et Grand Père a cultivé la jeunesse en partageant, témoignant de son parcours de jeune Déporté-Résistant dans les grandes écoles, les facultés, les lycées et les collèges. L'enfant de la IIIème République attachait tellement d'importance à l'éducation et à l'école. Il a été un Grand Père passionnant et passionné. 

Le poème qui va suivre n'a pas été écrit. Je l'ai composé comme beaucoup de mes textes au premier jet, laissant la fraîcheur et la vérité de l'improvisation régner sur les vernaculaires de la poésie. Ce poème, cette improvisation, je l'ai retranscrit et déclamé pendant les obsèques de mon Grand Père, mardi 31 janvier 2017. J'ai laissé une copie dans son cercueil pour qu'il ai un peu de lecture, lui qui aimait tant les livres.

À toi, mon Grand Père, compagnon de ma jeunesse, second père, Grand Père a l'oeil malicieux, aux larges sourires, aux verres cristallins emplis de vins de Bourgogne que nous dégustions en analysant le monde, en le refaisant, en cherchant la substantifique moelle de l'humanisme dans chaque événement social et politique. 



Salut à toi 
Homme bon et juste 
Tes amis fidèles 
Sont aujourd'hui 
Réunis

Salut à toi 
Homme bon et juste 
Nous te promettons l'éternel
Du moins
Dans notre vie

Salut à toi 
Homme bon et juste
Tu as été mon Grand Père
Celui qui transmet
Avec son oeil clair

Salut à toi 
Homme bon et juste
Tu as rejoint Voltaire
Saint Just
Et mon père

Salut à toi 
Homme bon et juste
La vie est un repaire
Pleine de ruisseaux
Et de vins clairs

Salut à toi 
Homme bon et juste
Tes amis fidèles
Grésillent
Comme la cigale applaudi
L'arrivé du soleil ami.

L'Homme Bon et Juste est Mort ! 
Vive !
 l'Homme Bon et Juste

Encore. 




Grand Père posant dans sa bibliothèque
à l'occasion de l'édition de son livre
"Une si grande nuit"
Roger Monty. 





Christophe Monty,
dit Capitaine Apache.